L’Autre côté des nuages d’Alain Joubert, dans En attendant Nadeau (novembre 2020)

Collages et vérités cachées

François-René Simon, En attendant Nadeau, 18 novembre 2020

Alain Joubert, vous le fréquentez depuis plus d’un demi-siècle, vous croyez le connaître, vous avez lu et approuvé tout ce qu’il a publié ici, là, et même ailleurs, confidentiellement d’abord, ouvertement ensuite ! Et puis voilà que vous arrive un petit objet rectangulaire plein de poésie et même de… poèmes ! Ce n’est pas que vous n’en croyiez pas vos yeux, mais la surprise est grande.
Certes, vous connaissez l’hommage d’Alain Joubert à Joyce Mansour publié par son ami et poète trop méconnu Pierre Peuchmaurd (à qui est dédié « Parce que c’était lui », une déclaration d’amitié montaigneuse), vous connaissez aussi cette « traduction optique », avec sa chère Nicole, des œuvres du Tchèque Roman Erben. Vous connaissez même sa réponse à l’enquête menée au lendemain de l’autodissolution parisienne du mouvement surréaliste (« Manomètre », dans Rien ou quoi ?, 1969). Mais il s’agissait en l’occurrence d’une mise à la ligne de la prose, pour mieux faire ressentir la mise au point.g qu’elle exprimait (l’écriture inclusive peut inclure d’autres notions que le genre).
Mais, d’abord, la question du titre, si chère à l’auteur. L’autre côté des nuages est une invitation au merveilleux inconnu et sans doute aussi un petit clin d’œil à l’écrivain et dessinateur Alfred Kubin, auteur d’un conte onirique intitulé précisément L’autre côté, en même temps qu’un clin du second œil adressé par le cinéphile Joubert au Nosferatu de Murnau et à son cartouche tant prisé des surréalistes : « Quand il fut de l’autre côté du pont, les fantômes vinrent à sa rencontre »
Sans parler du légendaire L’autre côté du miroir qu’on pourrait faire suivre de et ce qu’Alain, et non Alice, y trouva. Voilà que, dès le titre, nous sommes invités à franchir le mur du rationnel et à nous émerveiller du pouvoir des mots, de ce qu’ils charrient de sens et de sons, de leur faculté à s’immiscer dans les failles insoupçonnées du réel. « Les merveilleux nuages » chers à Baudelaire ne sont en fait que des portes à ouvrir dans le ciel de la poésie (Magritte aurait pu rendre visuelle, c’est-à-dire réelle, cette opération).

+ 2€ de partage des frais d’envoi

Alain Joubert – L’Autre côté des nuages

Alain Joubert,
L’Autre côté des nuages
avec des dessins de Georges-Henri Morin
Ab irato, 2020,
ISBN 978-2-911917-75-2
16 € / 126 pages

+ 2€ de partage des frais d’envoi

Alain Joubert – a découvert le surréalisme en 1952 et a participé dès lors à toutes les activités surréalistes jusqu’à l’autodissolution du groupe en 1969. Il avait été frappé au sein du groupe du fait que les jeunes surréalistes se croyaient tenus de brandir un ou deux poèmes pour tout viatique. Pour pallier à une véritable inflation poétique, il décidait de ne pas montrer au groupe ses poèmes. L’essentiel de son activité consistant dès lors en réflexions théorique et politique, courts pamphlets, essais portant sur la nature du théâtre et du cinéma ; mais pas de poèmes… L’Autre côté des nuages réunit pour la première fois l’ensemble de son œuvre poétique, inédite pour l’essentiel.

EXTRAITS
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Maíra – Brésil la mémoire perturbée – Les marques de l’esclavage

Maira,
Brésil, la mémoire perturbée
/ Les marques de l’esclavage,
.
ISBN 978-2-911917-49-3
76 pages
8 €


(+ 2€ de partage des frais d’envoi)

Sur l’auteur. – Au début du XVIe siècle, pirates dieppois et marins normands, avaient pris l’habitude de débarquer sur les rivages du Brésil de jeunes Français. Ces maïrs ou maíra devaient leur servir d’interprètes pour leurs prochaines escales. Quelques siècles plus tard, naissent autour de capoeiristas français une association et un fanzine brasilianiste, Maíra, aux positions rouge-noir, nettement anticapitalistes et internationalistes. Ces textes sont inspirés des cinq numéros que la revue a consacrés à l’esclavage. Les textes réunis dans ce volume ont été inspirées des cinq numéros que Maíra a consacré à l’esclavage, à l’occasion du cent cinquantième anniversaire de son abolition dans les territoires français.

Thème : Esclavage : Brésil : histoire : conditions sociales : affranchis brésiliens
Dewey : 841.1 Recueil. Anthologies
Tags : anthropologie historique, anthropologie sociale, ethnie, identité collective, négritude, esclavage

A propos du livre. – L’esclavagisme a innervé bien des facettes de la société brésilienne. Comme l’a écrit Manolo Garcia Florentino, « il a fondé la civilisation brésilienne et a rendu possible un projet excluant où l’objectif des élites est de maintenir la différence avec le reste de la population ». Contrairement à ce que de nombreux intellectuels ont tenté de faire croire, les esclaves émancipés ne se sont pas agglutinés dans les favelas parce qu’ils auraient été incapables d’intégrer le marché libre du travail. C’est parce qu’ils étaient combatifs et enclins à négocier avec les maîtres d’antan qu’ils ont été écartés, souvent au profit des immigrants.

Aujourd’hui, les 46 % de Brésiliens descendant d’esclaves occupent toujours les strates inférieures de la société. Pour les prolétaires noirs, la couleur demeure un fardeau supplémentaire. L’esclavagisme au Brésil transcende le domaine réservé aux seuls brasilianistes. Son histoire intéresse les nombreuses régions que ce mode de production a marquées : les États Unis, les Antilles, l’océan Indien… sans oublier l’Afrique. Elle concerne aussi le reste de l’humanité. L’esclavage est consubstantiel à l’essor du capitalisme moderne.