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Par un mouvement de colère

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2004 – Maíra, « Brésil la mémoire perturbée – Les marques de l’esclavage »

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2004-Bresil

Maíra
Brésil, la mémoire perturbée,
les marques de l’esclavage

ISBN : 978-2-911917-49-3
76 pages, 8 euros

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8 €

 

Sur l’auteur. – Au début du XVIe siècle, pirates dieppois et marins normands, avaient pris l’habitude de débarquer sur les rivages du Brésil de jeunes Français. Ces maïrs ou maíra devaient leur servir d’interprètes pour leurs prochaines escales. Quelques siècles plus tard, naissent autour de capoeiristas français une association et un fanzine brasilianiste, Maíra, aux positions rouge-noir, nettement anticapitalistes et internationalistes. Ces textes sont inspirés des cinq numéros que la revue a consacrés à l’esclavage. Les textes réunis dans ce volume ont été inspirées des cinq numéros que Maíra a consacré à l’esclavage, à l’occasion du cent cinquantième anniversaire de son abolition dans les territoires français.

Thème : Esclavage : Brésil : histoire : conditions sociales : affranchis brésiliens
Dewey : 841.1 Recueil. Anthologies
Tags : anthropologie historique, anthropologie sociale, ethnie, identité collective, négritude, esclavage

A propos du livre. – L’esclavagisme a innervé bien des facettes de la société brésilienne. Comme l’a écrit Manolo Garcia Florentino, « il a fondé la civilisation brésilienne et a rendu possible un projet excluant où l’objectif des élites est de maintenir la différence avec le reste de la population ». Contrairement à ce que de nombreux intellectuels ont tenté de faire croire, les esclaves émancipés ne se sont pas agglutinés dans les favelas parce qu’ils auraient été incapables d’intégrer le marché libre du travail. C’est parce qu’ils étaient combatifs et enclins à négocier avec les maîtres d’antan qu’ils ont été écartés, souvent au profit des immigrants.

Aujourd’hui, les 46 % de Brésiliens descendant d’esclaves occupent toujours les strates inférieures de la société. Pour les prolétaires noirs, la couleur demeure un fardeau supplémentaire. L’esclavagisme au Brésil transcende le domaine réservé aux seuls brasilianistes. Son histoire intéresse les nombreuses régions que ce mode de production a marquées : les États Unis, les Antilles, l’océan Indien… sans oublier l’Afrique. Elle concerne aussi le reste de l’humanité. L’esclavage est consubstantiel à l’essor du capitalisme moderne.

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Written by barthelemybs

10 décembre 2004 at 12 h 28 min

A Contretemps n°16 (avril 2004)

MAIRA : Brésil, la mémoire perturbée. Les marques de l’esclavage (Ab irato, 76 p., 2004).

Il est un vieux dicton brésilien – « Noir qui se fait remarquer est nègre deux fois » – qui dut être inventé par un bandeirante ou un pombeiro. Le premier chassait, au XVIIe siècle, les esclaves amérindiens au cœur du sous-continent brésilien. Le second, noir ou métis lui-même, se livrait au trafic d’esclave pour le compte de négriers portugais. À leur 2004-Bresilplace, l’un et l’autre servaient la grande machine esclavagiste, dont l’histoire n’est pas sans lien avec le développement du capitalisme moderne. Cette « forme régressive d’exploitation » – dixit Fernand Braudel – dura trois cent soixante-dix ans et déporta vers le Brésil 3 650 000 êtres humains.

Les textes recueillis dans cet ouvrage sont inspirés des cinq numéros que la revue Maíra a consacrés à la question de l’esclavagisme au Brésil. À leur lecture, on y apprend beaucoup sur son histoire, sur les marques qu’elle a laissées dans l’actuelle société brésilienne et sur sa réécriture par des « brésilianistes » attachés à lui donner « un visage humain » , mais aussi sur le quilombo – refuge – de Palmares, si cher à Benjamin Péret, sur la transition entre esclavage et salariat ou sur le mythe de cette « démocratie raciale » où, aujourd’hui encore, on n’aime les héros noirs que balle au pied et bien blanchis.

Arlette Grumo

A Contretemps, bulletin de critique bibliographique
Correspondance : Fernand Gomez, 55, rue des Prairies 75020 Paris
Site web : http://www.acontretemps.plusloin.org/

Written by barthelemybs

29 novembre 2004 at 12 h 28 min

Oiseau-tempête n°11 (été 2004)

Maíra. – Brésil, la mémoire perturbée – les marques de l’esclavage

Un historien a pu définir l’esclave comme une marchandise qui avait cette particularité de redevenir une personne quand elle enfreignait la loi, « le premier acte humain de l’esclave c’est le crime » disait-il. Le dernier livre publié aux éditions Ab irato, inspiré de textes précédemment publiés dans la revue Maíra, retrace l’histoire de l’esclavage au Brésil et tente de définir l’empreinte de celui-ci sur la société contemporaine.2004-Bresil

La traite, commencée au début du XVIe siècle, ne prendra fin qu’en 1850 sous la pression grandissante de l’Angleterre et de sa marine de guerre. L’esclavage lui-même sera aboli en 1888.

Dès l’origine, « si les marchands européens sont demandeurs de “bois d’ébène”, les fournisseurs, eux, sont presque exclusivement africains ». La première partie du livre retrace les relations complexes entre les sociétés africaines et les marchands européens et brésiliens. Le lecteur y trouvera, par exemple, des considérations sur le rôle de la polygamie (seule l’Angola verra sa population décroître pendant cette période) ou d’intéressantes précisions sur la nature des biens échangés, « il en faut des menottes, pour attacher, le soir venu au bivouac, après une exténuante journée de marche, chaque esclave ». Après un tour d’horizon des différentes interprétations historiennes de l’esclavage (quand les mandarins réécrivent l’histoire des maîtres), les auteurs retracent l’histoire du plus célèbre quilombo, celui des Palmares.

Les deux derniers chapitres analysent les transformations de la société qui ont rendu nécessaire l’abolition puis l’immigration d’une main-d’œuvre salariée européenne. Sans dénier son importance au mouvement abolitionniste, d’une nature bien différente de celui des États-Unis, ils montrent que la lutte menée par les esclaves eux-mêmes est la première cause de cette abolition. L’usage du fouet est interdit en 1887, « dès lors, le système, fondé d’abord sur la terreur physique, s’écroule ». La lei Aurea de 1888 ne fait qu’entériner un fait accompli, à savoir qu’il n’y a pratiquement plus de captifs au Brésil. Cette combativité séculaire a incité les propriétaires terriens et les patrons de l’industrie naissante à recourir à une main-d’œuvre, un temps plus docile, venue d’Italie et du Japon. La masse des affranchis ne s’est pas mécaniquement transformée en salariés, elle a plutôt écrit les premières pages d’une histoire de la pauvreté moderne dont les gosses livrés à eux-mêmes des rues de Rio comme les travestis du bois de Boulogne illustrent la continuité. Le système esclavagiste, pour se maintenir, a besoin d’un pouvoir centralisé, ainsi il n’est pas exagéré de dire qu il a innervé l’État brésilien.

Gilles Houssard

Written by barthelemybs

29 novembre 2004 at 12 h 25 min

Bois d’ébène (Monde libertaire, 20 mai 2004)

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Maíra. – Brésil, la mémoire perturbée – les marques de l’esclavage

Si le Brésil véhicule encore l’image, certes éculée, de pays du métissage et de la démocratie raciale, il n’arrive 2004-Bresiltoujours pas à se dépêtrer, y compris sous Lula, de celle d’une des nations les plus inégalitaires du monde. Or voilà que la lecture de Brésil, la mémoire perturbée, les marques de l’esclavage revient sur ce paradoxe apparent. De par ses trois siècles et demi de système esclavagiste, le Brésil est, en effet, né sous le signe des exclusions sociale et raciale. Colonie d’exploitation, le Brésil a « bénéficié », comme nul autre pays, de la traite négrière. L’Amérique portugaise a reçu, à elle seule, jusqu’en 1850, près de 40 % du « bois d’ébène » exporté par le continent noir. Autant dire qu’il était plus rentable pour un planteur d’importer du « nègre » que de veiller à sa pérennité productive. Cependant, en amont de ce système mondialisé, on retrouve les chefferies africaines, sans la complicité desquelles la déportation de quelque vingt millions d’hommes, de femmes et d’enfants n’aurait pas été possible. C’est pourquoi le premier chapitre de Brésil, la mémoire perturbée s’intitule sobrement : « Ce sont des Africains qui nous ont vendus ». Avec une langue dense et forte, la revue Maíra, qui signe l’ouvrage, nous propose ici non pas un livre de référence réservé aux seuls brasilianistes mais des textes qui bousculent bien des fausses évidences sans tomber dans un discours strictement compassionnel. Rien n’est ici tout blanc ni tout noir. Les zones grises l’emportent.

Démystifiant la légende de l’esclavage cordial, « sur les plantations, l’espérance de vie d’un travailleur captif ne dépassait guère les sept ans », Maíra égratigne aussi bien le mythe de la république de « Nègres » marrons de Palmares que les fables de la transition en douceur de l’esclavagisme au salariat et de l’automarginalisation des affranchis après 1888. Car non seulement le Brésil fut, avec Cuba, le dernier pays à abolir l’esclavage, mais encore ses élites économiques, les rois du café de l’Ouest de São Paulo, prises de court par la désertion des captifs des plantations soutenus par l’abolitionnisme populaire – le plus vaste mouvement démocratique que le Brésil ait connu – organisèrent dans l’urgence la relève par le truchement des immigrants italiens. Lesquels vont par la suite involontairement contribuer à exclure les affranchis du marché du travail.

Or cet apartheid à la brésilienne, qui n’a jamais reposé sur aucune loi, perdure. Et ce n’est pas parce qu’il existe désormais une moyenne bourgeoisie afro-brésilienne que le fardeau de l’homme noir a disparu. Les descendants d’esclaves, qui forment plus de 45 % de la population, occupent toujours les strates inférieures d’une société qui admet difficilement son racisme. Un racisme innervé par les trois siècles et demi d’une institution qui a façonné l’unité géographique et politique du Brésil, lui évitant le morcellement qu’a connu l’Amérique espagnole.

On pourrait regretter que l’ouvrage se termine plus faiblement qu’il n’a commencé. Mais c’est sans doute parce qu’il englobe la période post-esclavagiste. En effet, les luttes de classe que constituaient les sabotages quotidiens et exaspérants des esclaves ainsi que leurs révoltes sporadiques ont fait place à une série de combats de moins en moins subversifs car de plus en plus intégratifs. Par ailleurs, et c’est peut-être une des leçons paradoxales qui ressortent de la lecture de La mémoire perturbée, on aura du mal à comparer les conditions de vie, de plus en plus précarisées, du travailleur salarié moderne avec celles, effroyablement misérables, des captifs africains. Réduits à la condition juridique de biens meubles, ces derniers ne recouvraient leur humanité qu’au moment où ils commettaient un crime contre leurs maîtres et/ou son droit à la propriété. Certes, la barbarie capitaliste continue, cependant après la lecture d’un tel essai, on hésitera à employer sereinement l’expression « esclavage salarié ». La vérité s’accompagne toujours de nuances.

Benjamin Guinault

Maíra, Brésil, la mémoire perturbée, les marques de l’esclavage, éditions Ab irato. 8 euros. Disponible à Publico.

Lire l’article sur le site de Monde libertaire

 

 

Written by barthelemybs

24 novembre 2004 at 11 h 42 min

Lire un extrait de « Brésil, la mémoire perturbée »

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Au-delà du domaine réservé

« Mon expérience d’esclave m’a permis de constater que chaque fois que mes conditions [de vie] s’amélioraient, au lieu d’en être plus satisfait, cette réalité ne faisait qu’augmenter mon désir d’être libre. » Frederik Douglass, militant abolitionniste états-unien

Le 30 juin 2002, remportant la finale de la Coupe du monde de football contre l’Allemagne, le Brésil devient pentacampeão (1). Grâce notamment aux trois « R » : Ronaldo, Rivaldo et Ronaldinho Gaúcho. Comme d’habitude, l’ensemble des « nations de couleur » à travers le monde s’est davantage identifié à cette équipe Black, Blanc, métis qu’à celle de l’Allemagne. Ce même phénomène se répète depuis la victoire de 1958, due à quatre autres Noirs magiques : Didi, Vavá, Garrincha et Pelé. Mais en 2002 comme en 1958, aucun poing levé (ganté ou non) pour dénoncer le racisme antinoir au Brésil, dont les innombrables bavures policières sont la plus parfaite illustration. Mais plutôt des effusions à base de bondieuseries. C’est qu’au pays de la démocratie raciale (même si ce mythe en a un coup dans l’aile), on n’aime pas les héros noirs qui rappellent leur négritude. Un vieux dicton brésilien ne dit-il pas qu’un « Noir qui se fait remarquer est nègre deux fois » ?

Les 46% de Brésiliens descendant d’esclaves occupent, en effet, toujours les strates inférieures de la société. Quelques chiffres ? Près de 39% des Noirs sont illettrés, contre moins de 18 % des Blancs. Vingt-trois pour cent de ceux-ci exercent une activité non manuelle contre 9,9% seulement chez les « gens de couleur ». Ainsi 49% des travailleurs noirs touchent le salaire minimal (c’est-à-dire moins de 150 euros mensuels) contre 28 % de Blancs. Les descendants d’esclaves ne sont que 3% à gagner plus de 450 euros par mois. En somme, pour les prolétaires noirs, la couleur demeure un fardeau supplémentaire dans des conditions d’exploitation déjà assez dures. Et c’est naturellement pire encore pour les femmes noires.

Il est vrai qu’on n’efface pas comme cela plus de trois cent soixante-dix ans d’esclavage. Surtout que, de 1550 à 1852, le Brésil fut le pays d’Amérique qui a le plus importé et consommé d’esclaves africains : 3 650 000 êtres humains, soit 38% du total des déportés de la traite négrière transatlantique. Et il fut la dernière nation du continent, avec Cuba, à abolir le travail forcé des Nègres (2).

L’esclavagisme a innervé bien des facettes de la société brésilienne, au point d’en constituer l’un des fondements. Sans lui et la nécessité d’avoir un État centralisé, le Brésil n’aurait sans doute pas conservé une telle unité territoriale. Comme l’a écrit Manolo Garcia Florentino, « il a fondé la civilisation brésilienne et, ce faisant, a rendu possible un projet excluant, où l’objectif des élites est de maintenir la différence avec le reste de la population ». La fracture raciale aurait pu être réduite après l’abolition, le 13 mai 1888. Mais comme dans le reste des Amériques, la communauté noire a été victime de l’exclusion raciale. Contrairement à ce que de nombreux intellectuels ont tenté de faire croire, les ex-esclaves ne se sont pas agglutinés dans les favelas parce qu’ils auraient été incapables d’intégrer le marché libre du travail. C’est parce qu’ils étaient combatifs et enclins à négocier avec les maîtres d’antan qu’ils en ont été écartés, souvent au profit des immigrants européens, comme ce fut notamment le cas à São Paulo.

Complexe, l’esclavagisme au Brésil transcende le domaine réservé aux seuls brasilianistes. Son histoire intéresse, bien sûr, les nombreux pays que ce mode de production a marqués au fer rouge : États-Unis, Antilles, océan Indien… sans oublier l’Afrique. Elle concerne aussi le reste de l’humanité : la capture et la déportation de quelque 25 millions d’hommes, de femmes et d’enfants constituent un crime ineffaçable. De plus, cette forme régressive d’exploitation – l’expression est de Fernand Braudel – que fut l’esclavage est consubstantielle du développement du capitalisme moderne, dans le sang et la boue duquel nous essayons tous de survivre.

NOTES
(1) – Cinq fois champion.
(2) – Nègre avec une majuscule et en italique. Nègre parce que les descendants d’esclaves utilisent ce vocable pour le réhabiliter.


Maíra
Brésil, la mémoire perturbée,
Les marques de l’esclavage

76 pages – 8 €

Written by barthelemybs

10 septembre 2004 at 12 h 34 min

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