Ab irato éditions

Par un mouvement de colère

Trois extraits sur Gumri (Arménie, si loin du ciel…) (2/3)

Bien entendu, il existe une classe de riches parasites, mais la majorité des Gumretsis a le plus grand mal à joindre les deux bouts. Alors chacun, chacune se débrouille tant bien que mal, et trouve de quoi subsister en travaillant dans des administrations (la mairie est un des gros employeurs de la ville, comme à Marseille !) ou des commerces divers dans lesquels un personnel pléthorique semble souvent se tourner les pouces. Mais nombre de jeunes ou de moins jeunes vont travailler en Russie, en particulier dans le bâtiment et y restent parfois des années avant de revenir voir leur famille. Ils ont souvent peu de vacances et une bonne partie de leur salaire sera envoyée à leur femme ou leurs parents. En Russie, ils vivent la vie du travailleur immigré, en appartement collectif, économisant sur tout… D’autres se feront aider par de la famille installée en Europe ou aux États-Unis.

Le travail est une denrée rare et ne pas vouloir travailler est un non-sens en Arménie même si les gens ne prennent pas particulièrement de plaisir à se faire exploiter, s’ils ont cette « chance » ! Il faut ajouter que soixante-dix années de soviétisme puis vingt ans de libéralisme sauvage ont cassé toute solidarité dans le travail et que le syndicalisme et le droit du travail sont quasi inexistants. Dans ce contexte, les patrons font souvent ce qu’ils veulent.

Gumri conserve des habitudes de vie communautaire que l’on ne trouve plus guère en France. Dans le quartier où je vis, j’ai pu observer un peu cette vie faite de relations familiales et de voisinage.

Le quartier de Nor-Avan est traversé par une longue rue asphaltée récemment. De cette rue principale partent des chemins de terre ayant parfois l’apparence de rues. Les maisons sont soit de simples cabanes améliorées semblant au bord de l’effondrement, soit des maisons en dur pourvues de grands portails en fer ouvragé et de petits jardins potagers. Chaque portion de ce quartier est le territoire réservé de quelques chiens qui n’en sortent guère et qui survivent grâce aux ordures et aux restes donnés par les voisins. Derrière les portails s’élaborent des jeux complexes de relations sociales où un ensemble de règles et d’usages organise les conversations, les sympathies et les antipathies, les solidarités comme les coups tordus.

(pages 58-59)

 

Extraits de :

Jean-Luc Sahagian / Varduhi Sahagian
Gumri, Arménie, si loin du ciel…
96 pages – 15 euros

(Ab irato éditions)

 

dessin de Varduhi Sahagian

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Written by barthelemybs

11 mai 2018 à 12 h 17 min

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