Ab irato éditions

Par un mouvement de colère

Le Monde libertaire (2008)

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« Fibre optique »

Article de Marie-Dominque Massoni,
le Monde libertaire, décembre 2008 :

« Avec Une Goutte d’éternité [Nadeau, 2007] Alain Joubert nous a donné à lire l’un des plus beaux textes surréalistes jamais écrits. Dans la simplicité du récit, dans la douleur de l’adieu nécessaire à l’amour de sa vie, il a su faire luire les ténèbres. Nicole Espagnol, ce nom rappelle peut-être à certains ce que l’on pouvait croire le prête-nom de Grandizo Munis, mais non, elle existait bel et bien la dame, la drôle de dame, toujours à flanc d’abîme dans l’exigence politique comme dans les soirées entre amis, comme dans le jeu.

En voilà deux dont la profonde exigence de liberté servait de gouvernail, dont l’esprit inquisiteur était la lampe de vigie. Implacables, ils savaient l’être, et l’ami Joubert n’a jamais baissé la garde, pour preuve le Mouvement des surréalistes ou le fin mot de l’histoire [Nadeau, 2001].
Dans cet ouvrage, s’il narre par le menu, et comme s’il nous entraînait dans un film, les soubresauts de l’implosion du mouvement surréaliste, à Paris, en 1969, il nous entraîne aussi dans le sillage des jeux que les surréalistes pratiquent avec constance et une détermination qui laisse pantois les rationalistes de toute espèce. Nous devons à Ab Irato la publication d’un de ces délicieux moments.
Pour bien faire, ils ne furent pas deux mais trois joueurs, trinité insoucieuse et insolente, un Tchécoslovaque (nous étions en 1977) et deux Français. Voilà nos mécréants parisiens qui se mettent à parler en langues (je crois bien que c’est ainsi que disent ceux qui ont reçu l’Esprit saint), en traducteurs optiques, aidés par les dessins de l’auteur. Des textes de Roman Erben, écrits en tchèque, ils font la traduction. Les poèmes illustrés intitulés Neilustrace, soit « non illustration », deviennent, par « effet miroir », enfantines jouissances. Erben écrivit ces poèmes à la fin des années 1960 et au début des années 1970, entre espoir et normalisation. Chez les surréalistes tchèques, le travail du négatif avait déjà jeté aux orties le lyrisme poétique, tant aimé du pouvoir dictatorial. Le dérisoire, le scabreux, le quotidien le plus trivial vitriolaient tout ce que nous aurions coutume de dire poétique. Humour noir, force de résistance à l’ignoble soumission d’un côté ; de l’autre, quelques années plus tard, extraction de son acide corrosif dans une intense et aérienne jubilation.
Barrière de la langue, barrière de fer du rideau, allons donc, nos soucieux traducteurs se mirent à l’ouvrage…

Les enfants savent que toute force naît du jeu, qui est union, quelles que soient les langues parlées par leurs copains. Par la magie du geste, du trait, la marelle devient un cosmos où s’aimantent mains, pieds, regards et pierre. « Bonheur dans le crime », Hauteclaire comprendra, il en est ainsi de cette épée d’empoisonneuse, de cette plaquette hautement politique en ces temps sinistres. Merci à nos amis d’Ab Irato d’avoir su œuvrer en saboteurs de l’entendement et de mettre à leur catalogue le jus délicieux de ces grenades. »

Marie-Dominique Massoni

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Written by barthelemybs

19 août 2008 à 12 h 10 min

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