Ab irato éditions

Par un mouvement de colère

Expresso (2007) Portugal

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« António José Forte »

Expresso, 18 août 2007
Lisbonne, Portugal (quotidien)
Par Manuel de Freitas

Il s’agit, en bonne vérité, d’un évènement : alors qu’au Portugal la poésie de António José Forte continue à être vue de travers, voire tout simplement ignorée, un éditeur français assume les risques de la publier intégralement en édition bilingue, augmentée d’une entrevue entre l’auteur et Ernesto Sampaio à laquelle viennent s’ajouter des textes qui, même s’il s’agit de textes de circonstance, permettent l’ébauche d’un précieux portrait de cet homme « cerné par la fumée de tous les côtés vagabonds » (p.65) qui les a écrit. Dans sa claire et documentée introduction, Alfredo Fernandes retrace d’une plume assurée le climat politique et social qui a accompagné l’éclosion tardive du surréalisme portugais ainsi que les prises de position néo-réalistes. Il a par ailleurs la lucidité peu commune de signaler que « Forte fut un cas plutôt rare, à son époque, de surréaliste intéressé par les thèses situationnistes » (p.18). Ceci explique, même si ce n’est que partiellement, la violente singularité de Forte –et aussi cette évidence faisant que son œuvre n’aie que peu ou rien à voire avec l’entendement ludique (Alexandre O’Neill) ou ésotérique (António Maria Lisboa) du surréalisme. D’une certaine manière, et tirant profit du suggestif adverbe par lui-même forgé, on pourrait dire que Forte atterri dans le pourri et respectable Parnasse lisboète « sussurréalistiquement » (p.78).

En effet, nous ne nous trouvons pas ici face à un admirateur de catéchismes ou d’abécédaires ostentatoirement vénérés. En son rigoureux mais véhément abjectionnisme, toujours accompagné de près par une réitérée célébration de l’amour, la poésie de António José Forte est principalement un rejet envers les belles lettres, dans tout ce qu’elles ont d’aimable, de sonore et d’aliénant : « Entrer à rebours au festival des lettres, s’ouvrir un passage à coups de foie vers la sortie du crachat. Si nous n’avons pas une si bonne santé, soyons au moins des malades exemplaires. » (p. 62).

Il n’est pas surprenant, bien sûr, qu’un poète qui s’est défendu « à coups de dents de la vie prolétaire, aristocratique, bourgeoise » (p.60) soit aujourd’hui si peu reconnu, et que la lave de ses poèmes soit rejetée au profit des bagatelles poétiques habituelles. Mais c’est aussi pour cette raison – et afin d’éviter que les lecteurs francophones ne pensent que la poésie portugaise se réduit à Pessoa et à Judice – qu’il convient de saluer le courage éditorial d’Ab Irato. Par ailleurs, nous insistons sur le fait que tant les textes de présentation que la traduction faits par Alfredo Fernandes et Guy Girard nous apparaissent très convaincants. L’aspect graphique comme la disposition des dessins de Aldina méritent aussi d’être soulignés même si certaines options de pagination peuvent être discutées. Ainsi, les vers dans lesquels Forte affirme que la « langue portugaise n’est pas ma patrie/ ma patrie ne s’écrit pas avec les lettres du mot patrie » (p.139) prennent tout leur sens.

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Written by barthelemybs

30 juillet 2007 à 13 h 12 min

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