Ab irato éditions

Par un mouvement de colère

Livaine de Manuel Anceau chroniqué par Notes et chroniques (12 juillet 2018)

Le ballet des phrases et des gens

La vraie littérature ne fuit ni ne nie le réel. Par le choix des angles de vue, par le travail du style et du verbe, par le hasard (peut-être) de la destinée des choses et des êtres, elle le transforme, ce réel, le transcende et révèle son pouvoir, un pouvoir que seul l’art peut lui donner. Ainsi se forge la poésie du quotidien. Les « contes » que propose Manuel Anceau dans Livaine, et qui illustrent parfaitement ce phénomène, poussent le lecteur vers ce que ce réel contient, solidement et profondément ancré, de surprenant, de déroutant, d’étrange – comme dans « Livaine », le premier texte justement, se découvre la véritable nature de certains personnages, notamment le gentil Loupiot et la mère disparue de la narratrice. Lire le reste de cette entrée »

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Written by barthelemybs

29 août 2018 at 12 h 44 min

« Livaine » de Manuel Anceau dans l’émission Paludes de Radio Campus Lille (15 juin 2018)

Paludes, l’émission littéraire qui brasse du vent!

Au programme de Paludes 871 animé par Nikola : l’Arrache-Cœur 642 (Dimitrìou, Anceau, Cazenave-Sarkis),

  • Ecouter ici en podcast la partie consacrée à Livaine de Manuel Anceau :

 

 

 

 

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29 août 2018 at 12 h 32 min

« Livaine » de Manuel Anceau dans En attendant Nadeau (n°58 – 20 juin au 3 juillet 2018)

L’art contemporain contre la beauté

De nos jours, beauté et laideur constituent-elles un enjeu politique ? C’est autour de cette question fondamentale qu’Annie Le Brun va développer l’argumentation de son livre, Ce qui n’a pas de prix. Mais d’ailleurs, qu’est-ce qu’un « enjeu politique » en ces temps où tout est livré à la financiarisation absolue, jusques et y compris tout « ce dont il paraissait impossible d’extraire de la valeur », je veux dire de la valeur excessive, abusive, artificielle, celle qui s’appuie sur la perversion de ce marché, spécialement forgé pour la circonstance.

Autour des livres :
Annie Le Brun, Ce qui n’a pas de prix. Essai critique. Stock, 173 p., 17 €
Manuel Anceau, Livaine. Contes. Ab Irato, 128 p., 16 €

Extrait :

On s’accorde généralement à reconnaître que certains écrivains de la fin du siècle dernier – allons, allons, ce n’est pas si loin ! – ont apporté à la langue française quelques œuvres qui enrichirent la prose dont ils se servaient de fulgurances poétiques plutôt rares chez leurs contemporains. Citons parmi eux Julien Gracq, André Pieyre de Mandiargues ou André Hardellet, à qui André Breton pourra écrire un jour : «Vous abordez là, en conquérant, les seules terres vraiment lointaines qui m’intéressent et la reconnaissance que vous y poussez offre un nouveau ressort à tout ce que je me connais comme raisons de vivre ». Or, il se trouve que la beauté poétique, que l’on opposera à la beauté esthétique marchande plus haut dénoncée, c’est principalement chez deux auteurs très actuels qu’on la trouve, tous deux issus de la mouvance surréaliste, comme par hasard ; il s’agit d’une part de Jacques Abeille, dont les éditions Folio viennent de rééditer deux de ses fabuleux romans du cycle des contrées, Abeille dont j’ai déjà eu la chance de pouvoir parler jadis dans la défunte Quinzaine littéraire ; et d’autre part de Manuel Anceau, jeune auteur dont je souhaite vivement que la singularité qui est la sienne, et la puissance naturellement poétique de ses écrits, le placent au premier rang de ceux qui aujourd’hui comptent ! S’il avait déjà publié, il y a quelques années, deux courts volumes, je considère que l’apparition actuelle de son recueil de contes Livaine, aux éditions Ab Irato, constitue un véritable événement qu’il faut saluer sans mesure, la beauté qui s’en dégage servant d’antidote à la laideur ambiante ! Lire le reste de cette entrée »

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6 juillet 2018 at 9 h 05 min

Lecture de « Livaine » de Manuel Anceau, par Julien Bal, Jean-Charles Di Zazzo et l’auteur, à la Librairie Libralire – 31 mai 2018

Jeudi 31 mai 2018, à 19h00 :
présentation de Livaine de Manuel Anceau

aux éditions Ab irato (en présence des éditeurs)
Lectures par Julien Bal, Jean-Charles Di Zazzo
et l’auteur
à la librairie Libralire
116 rue Saint-Maur – 75011 Paris – (métro Parmentier / ligne 3)
https://fr.mappy.com/poi/4d6e0491b9eb25075c5fd1c3#/1/M2/TGeoentity/F4d6e0491b9eb25075c5fd1c3/N151.12061,6.11309,2.37614,48.86709/Z15/
Manuel Anceau – Né en 1970, il vit à Paris. Il a publié aux éditions La Maison de verre
L’Enchantement en 1995 et Calendrier des marées avec des collages de Pierre Rojanski en 1996. Depuis 2015, il collabore à la revue l’Échaudée (Ab irato).
                   * * *

Livaine est un recueil de petites histoires que Manuel Anceau préfère appeler contes car ils permettent d’engranger l’imaginaire, loin des visées purement réalistes. Le conte, très modeste dans l’écriture, reste très ambitieux dans ce qu’il veut dire et s’ouvre au rêve. « Lieuve », un des contes du recueil, est un petit village perdu dans lequel on vit à peu près tous dans nos coeurs et nos têtes, un lieu mental. Il appartient à cette nostalgie d’un endroit où on serait tous réunis en comprenant ce pour quoi on est là. «Lieuve» est un bateau qui prend l’eau de toutes parts mais où il y a une lueur d’espoir. Lieuve c’est aussi une sonorité, et également.

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30 mai 2018 at 15 h 49 min

Trois extraits sur Gumri (Arménie, si loin du ciel…) (3/3)

À Gumri, on trouve toutes sortes de véhicules motorisés. Des voitures, des vieux cars Commander-Gumri-150pxsoviétiques, des camionnettes faisant office de bus, peu de motos ou de mobylettes.

Les voitures vont de la luxueuse européenne ou du 4×4 aux vitres fumées à la vieille Lada tenant avec des bouts de ficelle. Les flics quant à eux disposent de voitures rapides et confortables équipées de haut-parleurs et de sirènes à l’américaine.
Les bus sont pourvus de sièges pouvant accueillir une quinzaine de passagers assis mais n’hésitent pas à entasser les gens au maximum si bien que l’on se demande parfois comment ils arrivent à rouler avec un tel chargement et comment les passagers peuvent respirer et supporter un tel traitement. Cette flottille de petites camionnettes J9 appartient à plusieurs gros bourgeois de la ville dont le maire. Le conducteur met la radio à fond, en fumant clope sur clope, zigzaguant sur la chaussée pour éviter les trous et doublant à toute berzingue les vieilles Lada qui se traînent sur la route. Il est, de toute façon, protégé par les images saintes ou la Vierge en plastique garnissant son tableau de bord et par la croix qui se balance sous son rétroviseur. Le port de la ceinture est facultatif. Lorsque l’on monte à l’avant d’un de ces bus ou d’un taxi, il peut arriver que le conducteur vous passe la ceinture au cas où l’on croiserait une voiture de flics, mais il ne l’enclenche pas, elle sert uniquement de décor. Lire le reste de cette entrée »

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11 mai 2018 at 12 h 17 min

Trois extraits sur Gumri (Arménie, si loin du ciel…) (2/3)

Bien entendu, il existe une classe de riches parasites, mais la majorité des Gumretsis Commander-Gumri-150pxa le plus grand mal à joindre les deux bouts. Alors chacun, chacune se débrouille tant bien que mal, et trouve de quoi subsister en travaillant dans des administrations (la mairie est un des gros employeurs de la ville, comme à Marseille !) ou des commerces divers dans lesquels un personnel pléthorique semble souvent se tourner les pouces. Mais nombre de jeunes ou de moins jeunes vont travailler en Russie, en particulier dans le bâtiment et y restent parfois des années avant de revenir voir leur famille. Ils ont souvent peu de vacances et une bonne partie de leur salaire sera envoyée à leur femme ou leurs parents. En Russie, ils vivent la vie du travailleur immigré, en appartement collectif, économisant sur tout… D’autres se feront aider par de la famille installée en Europe ou aux États-Unis. Lire le reste de cette entrée »

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11 mai 2018 at 12 h 17 min

Trois extraits sur Gumri (Arménie, si loin du ciel…) (1/3)

Au centre de Gumri se trouve un grand marché. On y trouve aussi bien de la Commander-Gumri-150pxnourriture que des vêtements, des outils que des DVD. L’une des allées de ce marché entraîne le flâneur le long d’une succession de petites boutiques ou de simples étals et, tendus au-dessus des têtes, on remarque des fils à linge sur lesquels sont épinglés des sacs plastiques. Ils sont en vente 50 drams et portent les logos de quelques-unes des grandes marques de la marchandise de luxe mondiale : Chanel, D&G, Versace…

C’est bien sûr la représentation de la richesse qui s’achète là. C’est le signalement, le souhait ironique de la richesse que l’on va afficher, contenu tout entier dans le logo. Ce fétichisme nous renseigne aussi sur un leurre, la richesse est ailleurs bien sûr, non plus dans la consommation mondialisée de produits inutiles mais bien dans ce qui va rendre une vie plus heureuse, plus digne aussi.

Dans ce même marché, on trouve côte à côte dans une petite boutique, une marchandise originale et sa contrefaçon, en l’occurrence une boîte de cirage de marque Kiwi. Le vendeur nous explique la différence de prix par l’origine des deux marchandises. On a du mal à distinguer la vraie boîte. La marchandise est affaire de croyance.

J’aime marcher dans les villes. J’aime regarder les visages, leur multiplicité, leurs similitudes. Mais la France, l’Europe, présentent une variété de visages relativement réduite. Hormis les bébés, les vieillards et les étrangers, les visages, les attitudes se ressemblent par leur aspect policé, par leur manière de coller aux stéréotypes publicitaires. Tout, de la coiffure au sourire, du grain de la peau à une manière de surveiller son visage, de contrôler ses expressions, rappelle un certain confort, une supériorité, celle du premier monde.

(pages 39, 40)

 

Extraits de :

Jean-Luc Sahagian / Varduhi Sahagian
Gumri, Arménie, si loin du ciel…
96 pages – 15 euros

(Ab irato éditions)

 

dessin de Varduhi Sahagian

 

Written by barthelemybs

11 mai 2018 at 12 h 15 min

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